Le 20 février 2026
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Viktor Orbán, le mal de dos
de l’Europe

Cela fait 4 ans cette semaine que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine. Pour marquer cette date, plusieurs dirigeants européens se sont rendus à Kiev. Mais ils sont arrivés les mains vides. Pas de vingtième paquet de sanctions contre la Russie et toujours aucune trace des 90 milliards d’euros que les Européens se sont engagés à prêter à l’Ukraine. La faute à la Hongrie qui bloque les deux dossiers.

"Stupéfaction, trahison, prise d’otage", les mots de Maxime Prévot et Johan Wadephul, les ministres des affaires étrangères belge et allemand, pour qualifier l’attitude de Viktor Orban étaient tout sauf diplomatiques. Normalement entre États membres, on se critique en aparté. Là, on sort la matraque en public. Ça veut dire que quelque chose a lâché, que Viktor Orban a dépassé les bornes

Ça fait des mois que Budapest bloque le remboursement des équipements militaires livrés par les Etats membres à Kiev. Des mois que le gouvernement hongrois bloque l’ouverture du premier chapitre de négociation d’adhésion de l’Ukraine. Sans parler de ses entorses répétées à l’état de droit ou de ses dérives illibérales mais jusqu’ici, on contournait l’obstacle. On faisait travailler d’autres muscles institutionnels. Un peu comme un mal de dos lancinant qu’on traine depuis des années. Vous adaptez la posture, vous dormez autrement, vous évitez certains mouvements…

Mais à force de courber l’échine, un jour ça coince le nerf

Sortir la Hongrie de l’Union européenne ?

Impossible. Les traités ne prévoient pas d’exclusion. Le seul moyen de partir, c’est de le décider soi-même. Reste l’article 7. Le fameux bouton nucléaire bien prévu dans les traités, lui. Il permet en théorie de suspendre le droit de vote d’une Etat membre qui ne respecte plus les valeurs de l’Union. La procédure a bien été enclenchée contre la Hongrie en 2018. Mais pour aller au bout, il faut l’unanimité et il y a toujours un Etat pour défendre la Hongrie

En alternative, pour surmonter le casse-tête hongrois, plusieurs pansements ont été posés pour son parti : procédures d’infraction, amendes de la Cour de justice, gel des fonds européens. Ça fait mal à L’économie hongroise qui dépend énormément de ces financements. Mais pas assez pour faire plier Viktor Orban car les sondages sont mauvais. Ils lui donnent aujourd’hui 11 points de retard. Alors Viktor Orban fait du Orban. Il désigne une menace extérieure, la brandit haut et fort pour rallier les électeurs. Hier les épouvantails s’appelaient George Soros ou Jean Claude Juncker. Aujourd’hui ce sont Volodymyr Zelensky et l’Ukraine.

Son échec aux élections réglerait-il le problème ?

Il ne faut pas enterrer Viktor Orbán trop vite. Certes les sondages ne lui sont pas favorables, mais la carte électorale a été taillée sur mesure pour son parti. Et puis six semaines de campagne, c’est encore long. Enfin, même si Viktor Orbán perdait les élections, ça ne réglerait pas tout. Matraquée par une presse aux ordres, l’opinion hongroise est aujourd’hui divisée notamment sur l’Ukraine et on l’a vu récemment en Pologne, les changements de majorité ne signifient pas un changement radical des politiques. D’autant que les idées de Viktor Orbán ont essaimé. Autour de la table du Conseil, le Slovaque Robert Fico ou le Tchèque Andrej Babis sont plus ou moins sur la même longueur d’onde que le dirigeant hongrois.
 

Bref, Orbán peut partir, le mal de dos restera. Et si l’Union européenne ne renforce pas sa propre colonne vertébrale, en limitant par exemple le droit de veto sur certaines décisions stratégiques, la prochaine crise ne sera plus une gêne passagère, mais une paralysie totale.

L'édito d'Olivier Hanrion L'édito d'Olivier Hanrion
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