Vous avez sans doute vu passer toute cette polémique autour du licenciement, par le milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, du patron des éditions Grasset. Licenciement qui a conduit près de 150 écrivains (de tendances idéologiques très diverses) à annoncer leur départ de la vénérable maison d’édition.
C’est un cas intéressant de « conflit de liberté ». En effet, d’un côté, Vincent Bolloré, étant propriétaire de Grasset, est parfaitement libre de décider de changer de directeur si ça lui chante (que ce soit une bonne idée ou non, c’est une autre histoire).
Mais à cette « liberté du propriétaire » répond une autre liberté qu’on pourrait appeler « liberté des auteurs » ou « liberté des créateurs ». Leur liberté, en l’occurrence, se limite à celle de s’en aller publier ailleurs, si leur contrat le leur permet. Leurs créations passées, elles, resteront le plus souvent chez Grasset. On voit bien le conflit. La « liberté du propriétaire » est juridiquement protégée et reconnue, alors que la « liberté des créateurs » l’est beaucoup moins. C’est un conflit classique dans le monde de la culture.
Le monde de l’édition pourrait s’inspirer de ce qui existe déjà dans le journalisme et qui s’appelle la « clause de conscience ». Si un changement notable dans l’orientation du média porte atteinte à l’honneur ou aux principes moraux d’un journaliste, il peut partir tout en bénéficiant des indemnités de licenciement.
C’est une arme du pauvre, mais une arme quand même. Elle pèse lourdement dans le rapport de force avec les propriétaires d’une entreprise de presse. Elle rappelle qu’un média n’est pas une entreprise comme une autre, avec un capital qui appartient à son propriétaire. C’est aussi un capital culturel, qui appartient aux créateurs et, à travers eux, au public.
L’occasion, pour l’édition, de s’inspirer de ce qui existe dans le journalisme ?