Parfois, les soirs d’hiver, on se sent patraque…Comme assommé et sans énergie. Notre réflexe est alors de sortir le thermomètre de l’armoire : s’il indique 37, c’est sans doute pas bien grave. À 38, on s’inquiète. À 39, on file chez le médecin et à 40 on appelle l’ambulance. Parce que ça devient une urgence vitale. Eh bien nous en sommes là aujourd’hui : à 40 degrés, l’est de la Belgique est en urgence vitale et à 38-39, le reste du pays a une solide fièvre.
Si une telle situation ne se répète pas, on se dit qu’on a eu chaud mais voilà, la crise était exceptionnelle et elle est derrière nous. Ce fut le cas dans ma jeunesse avec ce fameux été de 1976 où on ne parlait pas encore de réchauffement climatique. Puis, il y a eu l’été suffocant de 2003, première prise de conscience des conséquences d’un réchauffement qui jusque-là restait surtout un concept. À présent, depuis quelques années, les vagues de chaleur se multiplient. Ce qui était autrefois exceptionnel devient la norme : plusieurs vagues de chaleur par an, plus longues ou plus intenses et sur une période de plus en plus large.
Car au départ, les canicules se réfèrent à Sirius, l’étoile la plus brillante de la constellation du grand chien qui au cœur de l’été se lève et se couche en même temps que le soleil. Il y a 2000 ans en Italie, Canicula, littéralement « la petite chienne » correspondait donc à quatre semaines dans le ciel italien entre la mi-juillet et la mi-août. Cette vague de chaleur-ci a donc lieu trop tôt. Et ne parlons pas de celle de mai dernier. Ne nous leurrons pas : bientôt, entre mai et septembre, l’Europe connaîtra de plus en plus de vagues de chaleur et quand les vagues déferlent, la submersion nous guette.
Alors lundi, quand l’air sera à nouveau respirable, il n’y a que deux attitudes possibles : soit se dire que la crise est passée et qu’on peut passer à autre chose, soit se décider à prendre le taureau par les cornes pour nous adapter au réchauffement et tenter d’en atténuer l’ampleur. Nous, c’est-à-dire les citoyens et les gouvernants. Les solutions sont loin d’être évidentes mais elles sont vitales. On ne pourra pas dire qu’on n’a pas été prévenu.